Sortir un ERP de l'enlisement : ce qu'on répare avant le logiciel
Trois ans de projet, deux intégrateurs, un budget doublé, et une bascule repoussée quatre fois. Quand on m'a confié la DSI, la question du comité de direction tenait en une phrase : on arrête ou on continue ? Ma réponse a mis six semaines à venir, et ce n'était ni l'une ni l'autre.
D'abord dire la vérité sur l'état réel
Personne ne savait plus où en était le projet, parce que chacun avait appris à présenter son lot sous son meilleur jour. J'ai suspendu les comités de pilotage pendant un mois, le temps d'un état des lieux sans slides : ce qui fonctionne en recette, ce qui n'a jamais été testé, ce qui a été paramétré trois fois. Le résultat était plus sombre que les rapports, et plus clair aussi : le cœur était sain, la périphérie était un chantier abandonné.
Réduire le périmètre, pas l'ambition
La bascule échouait parce qu'elle voulait tout embarquer. Nous avons découpé : un premier lot resserré sur ce qui fait vivre l'entreprise, la commande, la facturation, la comptabilité, et le reste reporté, explicitement, avec une date. Annoncer un report choisi vaut toujours mieux que subir un retard de plus : c'est la différence entre un cap et une dérive.
Le sujet était humain avant d'être technique
Les équipes internes s'étaient effacées derrière l'intégrateur, par fatigue et par prudence. Or personne ne bascule un système contre ses propres utilisateurs clés. J'ai remis les métiers dans la boucle de décision, un par domaine, avec un mandat simple : c'est vous qui direz si votre domaine est prêt. La date de bascule a cessé d'être celle du projet pour devenir la leur.
Ce que je referais différemment
J'ai gardé trop longtemps le dispositif contractuel hérité, par souci de continuité. La renégociation avec l'intégrateur, faite au quatrième mois, aurait dû être faite le premier : tant que les torts ne sont pas soldés, chacun joue contre la montre de l'autre.
« Annoncer un report choisi vaut toujours mieux que subir un retard de plus. »